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Le rôle du pharmacien dans le traitement de l’acné

Ravina Sanghera, pharmacienne – Edmonton, Alb.

On sait que les pharmaciens peuvent poser un diagnostic et traiter des cas d’acné légère à modérée. Quelle est la contribution des pharmaciens au-delà de l’offre de médicaments?

Il existe des inégalités dans le système de santé et la dermatologie en fait partie. Un des facteurs qui accentuent cette inégalité, c’est que de nombreux patients n’arrivent pas à voir un spécialiste dans des délais raisonnables.

Les pharmaciens sont parmi les professionnels de la santé les plus accessibles du système, et cet élargissement de notre champ d’action nous permet de donner des soins efficaces plus rapidement aux gens.

Quels bienfaits ce champ d’action élargi offre-t-il aux patients, aux pharmaciens et aux dermatologues?

On a longtemps considéré l’acné comme un problème purement cosmétique. Mais de plus en plus d’études, et de retours des patients démontrent que les répercussions de l’acné vont bien au-delà de la peau.

L’acné peut avoir des impacts sur le bien-être psychologique et sur la capacité à tisser des liens avec les gens, parce qu’elle envahit parfois plusieurs sphères de la vie. Rester longtemps sans traitement adapté ou sans savoir quelles pistes de traitements sont possibles, c’est beaucoup de souffrance inutile pour les patients.

Donc, si les patients ont accès à un professionnel de la santé plus vite, on dénote souvent moins de répercussions psychologiques.

Et on remarque aussi une amélioration des délais d’accès souvent associés aux services dermatologiques. Ce champ d’action élargi peut éliminer le temps d’attente ou à tout le moins offrir une solution temporaire en attendant un traitement supplémentaire.

Tout à fait. Le pharmacien peut servir de pont. Quand les patients verront finalement un spécialiste, ils auront surement déjà exploré des options de traitement et pourront généralement passer tout de suite à la prochaine étape au lieu de reprendre le processus du début, ce qui peut être frustrant.

Avec l’évolution de la pratique pharmacologique et l’élargissement du champ d’action, la formation des pharmaciens a aussi évoluée. Les étudiants en pharmacie sont maintenant bien préparés à offrir ce genre de services de première ligne aux patients qui cherchent à mieux gérer leur acné.

Les pharmaciens sont formés sur toutes les innovations dermatologiques, mais ils s’exercent aussi à développer un plan de traitement pour les patients et à l’adapter aux besoins précis de chaque personne. Tout ça fait partie de la formation des pharmaciens, et ça mène à de très bons résultats auprès des patients.

À quel genre de processus les gens peuvent-ils s’attendre quand ils se présentent au comptoir de pharmacie en quête de conseils ou de traitements pour leur acné?

Le spectre d’action des pharmaciens diffère d’une province à une autre. Mais partout, on commence par une bonne conversation. On essaie de bien comprendre l’impact du problème cutané dans la vie de la personne qui se présente à nous, de cibler ses objectifs et besoins, et de brosser le portrait de ce qui a déjà été essayé.

Et si le traitement idéal ne peut être lancé en pharmacie, on peut assurément aider les gens à accéder aux services appropriés.

Donc, on peut s’attendre à une conversation approfondie et à un accompagnement personnalisé.

Si le pharmacien détermine que le patient a besoin de voir un dermatologue, est-ce que ce premier peut créer une requête ou est-ce qu’il faut passer par son médecin de famille ou sa clinique?

Dans certaines provinces, on peut offrir des requêtes directes, mais ce n’est pas toujours le cas. Toutefois, les pharmaciens peuvent au minimum contacter les médecins de famille, faire des recommandations et aider les gens à trouver leur voie dans le système.

Si on ne peut pas prescrire le médicament qui convient le mieux à la situation du patient, on peut tout de même l’aider à obtenir les soins dont il a besoin. Et ça, c’est déjà une étape importante.

Partout au pays, le rôle des pharmaciens a beaucoup évolué en matière d’accessibilité rapide aux soins. Les pharmaciens ont beaucoup d’outils dans leur coffre à outils. J’encourage donc les patients à parler à un pharmacien. On peut vous aider à prendre des décisions éclairées quant aux prochaines étapes à suivre.

Considérant que vous enseignez, pouvez-vous nous expliquer comment la prise en charge de l’acné est actuellement enseignée dans les formations en pharmacie, et comment elle a évolué depuis la mise en place de ce champ d’action élargi?

Absolument. Alors, les pharmaciens ont besoin de bien comprendre ce qui contribue au développement de l’acné. Ils doivent aussi savoir quelles questions poser pour bien comprendre l’impact de l’acné a sur la vie du patient.

De plus, ils doivent rester bien informés des avancées en matière de traitements. Quand je pense à tous les outils dermatologiques auxquels on a accès, je me souviens déjà avoir eu accès à seulement deux ou trois options sans ordonnance alors qu’on a maintenant plus de 20 ou 30 options topiques.

Et on peut maintenant aussi parfois prescrire des médicaments vraiment efficaces. Les étudiants en pharmacie sont donc bien informés et compétents. Les pharmaciens savent communiquer avec les patients. Ils savent établir un plan de traitement adapté, et ils savent aussi quand faire des suivis et quand recommander d’autres avenues si l’on n’obtient pas les résultats espérés.

Les pharmaciens apprennent tout ça en classe. On a d’ailleurs des labos où les étudiants travaillent avec de faux patients pour s’exercer concrètement à communiquer efficacement.

Puisque cet élargissement du champ d’action est assez récent, comment imaginez-vous que le rôle des pharmaciens évoluera dans les années à venir en matière de traitement de l’acné?

J’ai vu un grand changement quant à l’accessibilité. L’acné est l’une des principales raisons dermatologiques de consultation d’un médecin de famille ou d’un dermatologue.

On sait aussi que, dans notre système de santé actuel, il existe un délai avant de pouvoir consulter un médecin ou un dermatologue. C’est pourquoi on constate déjà une augmentation du nombre de patients qui se rendent d’abord en pharmacie.

Pour l’évolution, je pense que notre champ d’action continuera de s’élargir, ce qui nous permettra de prescrire davantage de médicaments dans différentes provinces. En Alberta, on a le privilège de pouvoir prescrire sans trop de restrictions, mais je sais que ce n’est pas le cas dans d’autres provinces. J’espère donc que les autres provinces suivront le pas.

Si on a assez d’informations sur le mode d’action de ces médicaments et sur la manière d’en surveiller la sécurité et l’efficacité, je pense qu’on pourra élargir le champ d’action partout au pays pour que, peu importe la pharmacie ou la province, tous les patients peuvent profiter du même niveau de soin.

Quels conseils donnez-vous aux étudiants pour aborder des problèmes délicats, comme l’acné, avec empathie et professionnalisme?

La relation avec le patient est au cœur de tout. Si le patient vous fait confiance, il vous communiquera des informations essentielles qui vous permettront d’adapter véritablement son plan de traitement et de devenir un partenaire dans son parcours.

Ça prend du temps, une ouverture d’esprit et une bonne compréhension des valeurs et conceptions des gens. Et il faut inviter le patient à partager ce qu’il a déjà essayé dans son parcours pour mieux gérer l’acné.

On vit dans une société diversifiée, et on a tendance à considérer la médecine occidentale comme la seule option possible. Ainsi, les patients omettent parfois les autres approches alternatives qu’ils ont essayées.

Parfois, ces approches sont bénéfiques, mais ils n’ont pas le réflexe d’en parler. Et d’autres fois, ces approches aggravent leur état actuel. Sans une vision complète de tout ce que le patient fait pour gérer son acné, on ne peut pas mettre sur pied un traitement réellement adapté.

La confiance est donc primordiale. On veut inviter les patients à partager ouvertement pour créer un traitement efficace, précis et personnalisé.

Selon vous, comment les soins offerts par les pharmaciens influencent-ils les résultats?

Pour plusieurs maladies, dont l’acné, l’accès rapide aux soins est primordial pour l’atteinte de résultats optimaux. On sait que des complications peuvent survenir, et il ne s’agit donc pas seulement d’accéder rapidement aux soins, mais aussi d’avoir accès à des soins efficaces dès le début.

Quand les pharmaciens n’avaient pas le champ d’action élargi d’aujourd’hui, les possibilités de traitement efficace étaient limitées. Les patients souffraient donc inutilement jusqu’à ce qu’ils puissent consulter un médecin ou un spécialiste capable de leur prescrire le bon traitement. Et quand ce mal-être inutile se prolonge, d’autres problèmes apparaissent souvent.

Par exemple, chez les personnes à la peau foncée, les problèmes cutanés ne se manifestent parfois pas exactement comme on pourrait s’y attendre, parce qu’on a tendance à associer ces affections à un ou deux types de teints de peau seulement. Et il s’agit généralement de teints plus clairs.

L’acné, par exemple, se manifeste différemment sur les peaux noires et métissées et peut ne pas être détectée aussi vite qu’elle le devrait, ce qui augmente le risque de complications. Ces peaux souffrent parfois d’hyperpigmentation ou d’hypopigmentation : des problèmes pour lesquels les traitements peuvent prendre des mois. Ça va donc au-delà de l’acné elle-même. Il faut considérer les complications qui peuvent découler d’un accès trop lent ou défaillant à des traitements efficaces et adaptés.

Les soins offerts par les pharmaciens peuvent améliorer cette situation.

Un autre exemple de l’évolution de la formation en pharmacie.

Exactement. C’est notre responsabilité de rester bien informés pour adapter efficacement la formation des pharmaciens. Et les différences entre les différents teints de peau dans le choix d’un traitement adapté en sont un bon exemple.

Parce que le bon traitement pour une personne ne sera pas nécessairement le bon traitement pour une autre.

On sait que les hormones ont une incidence importante sur l’acné, mais quel lien peut-on tracer avec l’âge? Par exemple, quelles différences entre un traitement pour un adolescent par rapport à celui pour une femme en périménopause?

La manière dont l’acné se manifeste aujourd’hui selon les tranches d’âge et les groupes démographiques chamboule les données sur lesquelles on se fiait. On pensait que le diagnostic d’acné se limitait à une tranche d’âge bien précise, soit les adolescents, et on voyait la maladie comme un problème passager qui disparaîtrait avec le temps.

Mais en écoutant mieux les patients et en observant ce qui se passe au sein de notre communauté, on se rend bien compte que ce n’est pas toujours le cas. C’est donc important de ne pas se cantonner à une vision uniforme, parce que nos communautés sont très diverses.

L’acné se présente à différentes étapes de la vie. Il y a des adolescents qui manquent d’assurance et qui sont confrontés à des problèmes d’estime de soi. Et il y a des femmes en périménopause qui, après avoir eu une belle peau pendant la majeure partie de leur vie, ne reconnaissent soudain plus leur corps ni leur peau et ne savent pas par où commencer pour régler le problème.

Nous, les pharmaciens, sommes très bien placés pour contribuer à l’éducation des patients. Et on a la responsabilité de se tenir informés des dernières avancées et des avenues de traitements adaptées à chaque tranche d’âge et pour chaque groupe démographique.

Et notre programme de formation évolue dans ce sens aussi.

Plusieurs femmes en périménopause font face à des problèmes cutanés. Et ça a des répercussions sur leur santé mentale ou leur bien-être psychologique?

Absolument. C’est bon de noter que les pharmaciens peuvent aussi démentir certains mythes.

On est une source d’information fiable et on est toujours là pour répondre aux questions des patients.

Certaines personnes que j’ai accompagnées se blâmaient pour leur acné. Qu’est-ce que je fais de mal? Qu’est-ce que je mange de mauvais? Est-ce que je manque d’hygiène?

Tout ça, c’est des mythes. Notre travail est aussi d’offrir de l’information véridique et éprouvée pour vraiment collaborer avec les patients et leur donner accès aux soins dont ils ont besoin. Parce que tout le monde est en droit d’être bien dans sa peau et de sentir qu’on prend réellement soin d’eux.


La Dre Ravina Sanghera
est une pharmacienne canadienne établie à Edmonton, en Alberta. Elle est professeure agrégée de clinique à la Faculté de pharmacie et des sciences pharmaceutiques de l’Université de l’Alberta et membre de l’Association des pharmaciens du Canada.

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