Dre Shannon Humphrey – Vancouver, C.-B.
Pourriez-vous nous parler du lien entre l’acné, précisément, et la santé mentale?
Les données scientifiques sont claires : l’acné a un impact sur la santé mentale, le bien-être général et la fonction psychosociale. Une des conclusions intéressantes de ces études, c’est qu’il n’y a pas de corrélation entre la sévérité de l’acné et la sévérité des symptômes psychosociaux. Parfois, même la plus minime des formes d’acné peut causer les plus importantes souffrances psychologiques chez les patients. Lors d’une consultation pour un enjeu d’acné, il est essentiel d’explorer l’impact de la maladie au-delà des manifestations cutanées.
Trouvez-vous que les impacts de l’acné sur la santé mentale diffèrent en fonction de l’âge?
Les femmes adultes sont le groupe démographique qui subit les plus importants impacts psychologiques à cause de l’acné. Je pense que ça s’explique par une foule de raison socioculturelle. Mais il faut aussi noter que l’acné n’est pas normalisée chez ce groupe d’âge et certaines de ces femmes adultes pourraient avoir déjà souffert d’acné dans le passé. C’est donc très important de prendre la situation au sérieux. Même si une femme adulte aux prises avec un changement hormonal présente seulement une acné mineure, cette situation peut avoir un très grand impact sur sa santé mentale. C’est pourquoi on essaie vraiment de personnaliser le traitement pour répondre non seulement à la sévérité de l’acné, mais aussi à la sévérité des impacts que la maladie pourrait avoir sur la vie de la personne.
Les ados forment un groupe unique, parce qu’au niveau développemental, l’adolescence est une période de changements colossaux : le cerveau se développe et l’identité aussi. Les ados sont donc très vulnérables aux répercussions psychosociales de l’acné parce qu’ils sont en plein en train de développer leur estime et leur identité. L’acné est aussi normalisée pour ce groupe d’âge, et pour certains patients, ça peut être réconfortant. « C’est juste une mauvaise passe. » Mais pour d’autres, ça peut au contraire accentuer la détresse, parce que leur acné et les préoccupations qui y sont liées ne sont pas prises au sérieux par leur famille ou leurs amis, ou même par les professionnels de la santé qui ont tendance à minimiser la situation. Je pense donc qu’il est crucial d’explorer les enjeux d’estime de soi, de bien-être psychologique et même d’identité avec les ados atteints d’acné.
Quel conseil donneriez-vous aux patients qui font face à des défis de santé mentale à cause de leur peau?
Si vous éprouvez des difficultés d’un point de vue psychologique et que vous y voyez un lien avec tout type de préoccupation ou symptôme cutané, je vous encourage vraiment à consulter un spécialiste de la santé. Que ce soit un médecin de famille ou un dermatologue. Il existe des solutions qui peuvent soulager les symptômes physiques, mais aussi la détresse psychologique qui s’y rattache, et j’encourage tout le monde à en parler clairement et ouvertement. « Ça n’a pas l’air si grave comme ça, mais ça me pèse. » « Ça m’empêche de faire les choses que je veux faire au quotidien. » Ce genre d’information aidera votre professionnel de la santé à trouver un traitement adapté, pas juste pour soulager les symptômes physiques, mais aussi pour minimiser la détresse que vous vivez.
Est-ce que les dermatologues peuvent faire une demande de consultation en santé mentale, ou faut-il toujours passer par un médecin de famille?
Au Canada, c’est le médecin de famille qui a un lien approfondi avec le patient, et qui, selon les symptômes et préoccupations, s’occuperait d’envoyer les demandes de consultation en dermatologie, psychologie ou psychiatrie.
Il existe toutefois un riche réseau entre les différents professionnels de la santé qui travaillent ensemble pour veiller au bien-être des patients. Ainsi, parfois, les dermatologues peuvent alerter les médecins de famille et demander d’aller au-delà du suivi dermatologique. Dans certains cas, le traitement des symptômes cutanés suffit à soulager la détresse psychologique et un soutien psychologique n’est pas nécessaire. Mais l’approche doit être adaptée à la réalité et aux besoins du patient. Et le médecin de famille est toujours au cœur de ce cercle de soin.
Le Dr Shannon Humphrey est une dermatologue canadienne exerçant à Vancouver, en Colombie-Britannique. Elle siège au comité consultatif médical de la Société canadienne de l’acné et de la rosacée.

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